| Chapitre 3
Port de San Julian, le 20 mai 1520, en hiver On a vu le premier signe qu'un peuple vie dans cette région sauvage. De très grosses empreintes ont été trouvées mais on n'a pas encore vu les individus en personne. À cause de l'apparence de ces empreintes Magellan a appelé cette île Patagonia. Explorer de nouvelles îles n'est pas nouveau pour moi, mais j'ai appris que tout ce qu'on peut y trouver va toujours surprendre. Toledo 1516 J'ai passé par Arroyo avant de commencer mon vrai voyage. Je n'avais pas revu mon ami Julian depuis que mon oncle avait pris Maria et moi avec lui. J'ai été chez lui mais je n'y ai trouvé personne. J'ai donc été à l'hacienda de Don Felipe, où la mère de Julian travaillait d'habitude. -Non, Julian n'est plus ici. Don Felipe a voulu que mon fils l'accompagne
au Nouveau Monde avec lui. Marchant, je quittai Arroyo déjà derrière moi cette nuit. Quand je ne pouvais pas aller plus loin, je dormais sur le côté de la route. J'étais libre. Et je regardais loin devant ce que le lendemain voudrait m'offrir. **** Je volais de la nourriture et m'embarquai clandestinement dans les voitures chaque fois que je pouvais et arrivai enfin à la capitale de l'Espagne, Toledo. La ville avait été construite sur un promontoire bordé sur les trois côtés par une gorge dans la rivière Tagus, et l'île d'à côté était protégée à l'intérieure par des murailles. Clochers, vieilles barrières, étroites rues exposées au vent, maisons massives et architecture maquis donnaient à la cité une atmosphère propre à elle. Au centre de la cité était monté la Cathédrale, laquelle a été complétée il y a quelques années. Je craignais de ne jamais trouver la résidence de Gomez dans cette immense cité mais, à ma grande surprise, tout le monde semblait savoir elle se trouvait. À contrecur, un servant m'a conduit à l'intérieur
de la maison. Mais j'ai été surpris quand Senora Ayala
m'avait accueilli. Le servant et moi restions planté dans le coin, surpris du nombre et de la nature de ses ordres. J'ai noté avec amusement que l'expression du servant avait encore tombé et je pensais à ce qu'était sa relation avec la Senora. Je commençais à penser aussi à ce que je représentais pour elle et je craignais de m'être tout juste sorti d'un problème pour atterrir dans un autre. **** Les jours qui suivirent furent estompés. La première journée, j'étais poussé et tiré par tous les côtés et j'ai reçu mon vrai premier bain. Avant que ne j'aie su ce qui s'était passé, j'étais habillé comme un jeune homme riche. Puis je paradais dans les rues de Toledo, menais les tailleurs et on m'a cousu un grand nombre de vêtements. Plus que je n'en avais jamais eu avant. J'ai bientôt commencé à essayer d'éviter Senora Gomez. Je trouvais sa compagnie étrange et inconfortable. Elle était loin de flirter pour une femme mariée et j'avais le pressentiment que ça ne faisait que commencer. Un jour, après une semaine depuis mon arrivé, j'étais
en train de me cacher dans la cuisine. Sa cuisinière, m'ayant
remarqué, se mit à rire de ma situation difficile: **** Heureusement pour moi, Gomez est revenu cette nuit. J'ai rarement été aussi content de revoir quelqu'un. Quoique l'attention de Senora Ayala semblait centré sur moi, (je commençais à sentir un lien entre moi et Joseph dans la bible) elle était un peu moins excitée quand Gomez était près d'elle. Gomez fermait les yeux sur ces choses ou ne les voyait tout simplement pas. Je ne pouvais pas comprendre comment ça pouvait lui échapper au début, mais avec le temps j'ai finalement compris. Je crois qu'il ne voulait pas savoir. Il l'aimait et c'était assez pour dissimuler toutes les "fautes" de sa femme. Je ne laisserai jamais une femme avoir une telle emprise sur moi. **** On a passé beaucoup de temps ensemble, Gomez et moi, dans les
mois suivant. Je continuais à rester chez lui quand il n'était
pas à la caserne ou à la formation. Malgré mon
aversion grandissante pour Ayala, je m'entendais très bien avec
Gomez. En vérité, on avait beaucoup en commun. Même
s'il était mon supérieur, on parlait de toutes sortes
de chose. Je lui avais même parlé de "l'emprise"
que mon oncle avec sur moi. Nos parents sont morts il y a des années
et nous n'avions plus de famille vers qui nous tourner. Sa famille non
plus n'était pas riche mais au moins Gomez avait des ancêtres
dans l'aristocratie pour l'aider à prendre sa place dans l'Armé
du Roi. Mais son avancement au rang de Lieutenant, en n'ayant pas eu
de combat pour justifier une telle augmentation, le dérangeait.
C'était pour ça, qu'il m'a dit, qu'il demandait à
être muté au Nouveau Monde. Il voulait faire ses preuves.
**** Gomez semblait content de m'embaucher comme son prodige. J'allais avec lui à sa division et j'ai été officiellement fait soldat de Sa Majesté le Roi Charles 1er. Pendant les mois suivants, j'apprenais à monter à cheval, à tirer au pistolet, les tactiques et l'histoire militaires. Mais c'était dans le combat à l'épée que j'excellais. Je n'avais jamais manié une épée de ma vie avant mais il faut croire que j'ai un talent naturel. Même les supérieurs de Gomez étaient impressionnés et le félicitait de m'avoir trouvé. Dans l'année que j'ai passé à Toledo, j'ai été promu Sergent et tout le monde disait que j'aurais une brillante carrière dans l'armé. Mais ce n'était pas ce qui allait arriver. **** Après plusieurs mois, on a reçu un mot comme quoi que la compagnie du Lieutenant Gomez était muté à Cuba. J'étais ravi, enchanté! Je m'embarquais enfin pour le Nouveau Monde, et partais loin d'Ayala. Je croyais que j'étais enfin sauvé mais, parfois, ma chance m'abandonnait. Gomez partait vérifier les dernières préparations deux semaines avant d'embarquer en bateau. Je devais mener les soldats une semaine plus tard au port de Seville, où on allait commencer à voyager vers Cuba. Je réussi à rester très occupé cette dernière semaine pour complètement éviter Ayala. Cette dernière nuit avant que la compagnie ne soit prête pour marcher à Seville, je m'allongeais dans le lit, pensant combien ma fortune avait changé. Il y a à peine un an, j'étais pratiquement un esclave et maintenant j'allais mener une compagnie de soldats. Et j'allais au Nouveau Monde. Je repensais à Julian, "peut-être que je pourrais le revoir". À ce moment, tout semblait possible. La brise de la nuit soufflait doucement par ma fenêtre ouverte, rafraîchissant la chambre. J'avais à peine commencé à m'assoupir quand je
sentis quelque chose effleura mes lèvres. Je me réveillai
lentement... et tomba en bas du lit quand je vis Ayala allongée
à côté de moi. Elle se mit à rire; |